PARTAGE de LECTURES

ésotériques... et autres...

« Mon Expérience du Tout »

Dans l’ouvrage « L’ AU DELÀ EN QUESTIONS“ écrit par Jean-Jacques Charbonnier et Geneviève Delpech, (Pygmalion) cette dernière termine l’ouvrage par «Mon Expérience du Tout». Voici le texte, qui ne peut que nous inviter à réfléchir, à chercher et surtout à continuer de travailler notre Être dans le temps présent pour devenir “Ce Que Nous Sommes !“
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J’ai vécu une expérience sublime, qui a changé complètement ma vie. Pendant des années, j’ai voulu que l’on m’explique ce que j’avais réellement vécu.
Nous avions une maison à Cadenet, dans le Lubéron, avec un très beau parc. Parc classé, majestueux, avec des magnolias tricentenaires.
Un jour, alors que nous avions fini de déjeuner, je suis allée sur la terrasse boire mon café et fumer une cigarette. C’est dire que  je n’étais pas spécialement dans un état de prière ou de méditation. Je n’étais en attente ou en recherche de rien. Je n’avais pas bu à table, ni fumé quoi que ce soit pouvant altérer ma perception. J’étais dans un état tout ce qu’il y a de plus normal. Je regardais ce parc, et là… j’ai eu l’impression que je sortais de mon corps à une vitesse sidérante. Je n’étais plus dans mon enveloppe corporelle, je ne la sentais plus mais j’étais moi quand même.

Soudain, je suis passée dans une autre dimension. Je me suis retrouvée dans l’écorce d’un des magnolias à ma gauche, puis dans le tronc, j’entendais la sève qui circulait dans l’arbre et qui faisait comme un bruit de pulsations dans les veines. Surtout, l’arbre était vivant, avec une forme de conscience, je le sentais capable d’aimer ou de souffrir. Et je me suis retrouvée dans une feuille. Toujours avec cette impression de percevoir toutes les capillarités, avec des couleurs sublimes, des orangés, des bleu lapis-lazuli, des mauves, des vert tendre…et par-dessus tout, j’étais au cœur même de la vie. À la source.

Puis, je me suis retrouvée dans la fourmi qui cheminait sur la feuille. Tout ça à une vitesse étourdissante. Entre les moments où je me suis retrouvée dans l’écorce du magnolia, puis le tronc, puis la feuille, je voyais bien la différence d’état  et leur succession, j’avais conscience du temps qu’il me fallait pour passer de l’un à l’autre, mais, concomitamment, je savais que ça allait à une vitesse folle. L’expérience a peut-être duré dix secondes on dix minutes, mais pour moi, elle était figée dans l’éternité.

J’entendais des sons célestes, des partitions d’anges, les couleurs avaient les mêmes bases que celles de la vie « réelle » mais chacune avait un son propre. Tout avait un son. La vie avait un son. 
J’étais dans la pierre et dans l’eau. En contrebas de la terrasse, il y avait d’anciens thermes romains.J’étais immergée et l’eau était vivante. J’étais l’eau. Puis la fleur, et chaque cellule du cheval dans le pré d’en face et… je suis revenue à moi.

Je ne savais plus où j’étais ni combien de temps ça avait duré. Ma cigarette consumée, ou non, aurait pu me donner une indication mais je ne pouvais pas me concentrer sur quelque chose d’aussi rationnel.

Pendant que je passais d’un élément à l’autre, j’avais la Connaissance. Je comprenais tout. Le pourquoi et le comment de l’univers. Je ressentais de la compassion pour tout ; pour la fourmi, pour la feuille, pour l’eau… la vie était en tout et partout. Et la grande nouvelle, c’est qu’il n’y avait aucune différence entre la feuille et moi. J’étais le cheval, j’étais la fourmi… et je ressentais un amour inconditionnel pour chaque chose. Aucun jugement n’existait ni ne s’emparait de moi.
Je suis rentrée dans la maison avec la tête qui tournait. J’ai raconté à Michel l’expérience que je venais de vivre.Il m’a regardée, ébahi.
Tu viens de vivre quelque chose d’incroyable, m’a-t-il dit. C’est la quête des hindouistes. Beaucoup auraient voulu être à ta place. J’avais du mal à retomber. II allait me falloir du temps, d’ailleurs. 

Pendant les années qui ont suivi cette expérience, ma vie a été complètement chamboulée. Une psychothérapie n’aurait pas été un luxe. J’aurais eu besoin d’aide, je pense. Mon entourage ne pouvait plus supporter mon état. Je ne mangeais plus de viande, je regardais où je marchais pour ne pas écraser d’insecte, je ne pouvais plus couper une fleur, ni couper une branche sans parler à l’arbre avant, et même alors, j’avais l’impression de m’amputer moi-même. J’étais dans la solitude, la prostration, la déréliction ; quand j’approchais quelqu’un de très malade, je ressentais ses souffrances, je me les appropriais, moi qui ne pleure que rarement, je le faisais pendant des heures. D’ailleurs, Michel soulignait souvent que j’étais une femme dure parce que je ne pleurais jamais.

Un jour, nous avons regardé ensemble un documentaire sur un éléphant qui boitait. Je hoquetais dans mes sanglots, j’étais inconsolable. Michel était très agacé. Même les enfants n’en pouvaient plus : «Toi et ton Expérience !»

Je voyais le monde sous un prisme différent. Celui dans lequel j’évoluais au quotidien me paraissait obsolète, dérisoire, illusoire. Je me sentais comme trompée, délaissée, hors de cet amour, cette vibration que j’avais connus. Pourtant, cette expérience était tellement positive !

Tout ce que je sais en tant qu’être humain, tout ce que je suis m’affirme que c’était réel ; n’en déplaise aux pragmatiques et aux cartésiens. J’ai en une vision de l’univers qui m’a révélé que nous sommes petits et insignifiants, et rares et précieux à la fois. Éternels aussi. Aucun de nous n’est seul. Je souhaite que chacun puisse ressentir un jour cette béatitude, cet espoir.

Le précurseur de la physique moderne, Erwin Schrödinger, écrivait, au début du XXe siècle : « Aussi inconcevable que cela puisse paraître à la raison ordinaire, vous, et tous les êtres conscients en tant que tels, vous êtes tout dans le Tout. »

Après cet épisode, je ne sentais plus les mauvaises odeurs. Aucune ne m’incommodait. Même les plus abjectes. En revanche, en arrivant dans certains endroits, des odeurs de lis ou de rose m’envahissaient ; et les personnes avec moi ne les sentaient pas. Parfois je devais même sortir tant les parfums étaient entêtants. Mais une fois dehors, ça ne changeait rien. Les odeurs demeuraient.

Quand j’étais toute petite, mon grand-père me disait toujours que j’avais un flair de chien de chasse. Je détectais la moindre odeur de gaz. Après mon expérience du Tout, plus aucun relent ne m’atteignait.

Au fil du temps j’ai appris à évoluer, à m’adapter aux surprises — bonnes ou moins bonnes — que m’apporte mon don de voyance. Il fallait que j’accepte la règle du jeu. Les manifestations physiques sont aussi prégnantes, sinon plus, que les manifestations psychiques puisqu’elles soulignent ma condition d’être de chair et de sang.
Vulnérable (1).

  • Le Don d’ailleurs, Pygmalion, 2015 ; J’ai Lu.