PRÉSENTATION de L’OUVRAGE : Je dois avouer avoir eu beaucoup de plaisir à lire l’œuvre de Guy Breton et louis Pauwels dans les deux livres écrits dans les années 1977 : « HISTOIRES MAGIQUES DE L’HISTOIRE DE FRANCE ».
Je vous invite à partager ces lectures.
Guy BRETON
Au début de 1915, les gouvernements français et britannique décidèrent d’organiser une expédition commune contre la Turquie dont les ports n’étaient ouverts qu’aux navires de guerre allemands.
Le but de cette entreprise était de forcer le détroit des Dardanelles et de s’emparer de Constantinople. Les deux Amirautés commencèrent par envoyer une flotte qui se heurta à une défense turque tout à fait inattendue. Un cuirassé français, deux cuirassés anglais et divers croiseurs et contre – torpilleurs furent coulés. Il fut alors décidé d’entreprendre un débarquement dans la péninsule de Gallipoli.
Au mois de mars, un corps expéditionnaire français s’embarqua à Marseille aux côtés d’une armée anglaise.
Après de nombreux contretemps, ces troupes débarquèrent au sud de la péninsule, le 25 avril. Elles devaient y rencontrer une violente résistance. Au point que, trois mois plus tard et malgré des combats furieux dirigés par le général Gouraud, elles n’avaient réussi à pénétrer que de six kilomètres vers l’intérieur.
Les états-majors décidèrent alors de créer un second front en allant attaquer la péninsule par le nord-est. Le 6 août, soixante mille hommes débarquèrent à Suvla. Ils devaient se heurter, eux aussi, à une solide armée turque.
Après de terribles engagements au pied du mont Scimitar, les Anglais se dirigèrent vers le sud pour opérer leur jonction avec les Australiens débarqués à Gafa Tépé.
C’est au cours d’une de ces marches qu’eut lieu l’un des événements les plus extraordinaires de toute la guerre.
Cela se passe le 21 août, dans la matinée.
Ce jour-là, le 5° régiment de Norfolk, ou plutôt ce qui en restait, c’est-à-dire environ quatre cents hommes, reçoit l’ordre de soutenir un bataillon d’Australiens et de Néo-Zélandais qui n’arrivaient pas à prendre une certaine cote 60, l’un des points clés de la région.
Le 5° régiment de Norfolk se met donc en route. Du sommet d’une colline voisine, des soldats néo-zélandais le voient marcher sur une pente assez raide, puis s’engager dans un vallon et remonter le lit d’un torrent desséché.
Il fait un temps splendide. Pourtant, les Néo-Zélandais remarquent une anomalie dans le paysage. Alors que le ciel est clair, six ou huit nuages énormes stationnent depuis le matin au- dessus de la cote 60. Des nuages qu’un vent du sud de 6 à 7 kilomètres heure ne fait changer ni de place ni de forme.
En outre, un autre nuage comparable à une nappe de brouillard très dense, pouvant avoir 250 mètres de long et 50 mètres d’épaisseur, semble traîner au sol…
Les Néo-Zélandais considèrent ce phénomène avec étonnement. L’un d’eux, un sapeur nommé Reichart, appartenant à la 3e section de la 1e compagnie du génie, ne peut s’empêcher de dire :
— C’est curieux, ces nuages qui ne bougent pas ! Je les observe depuis ce matin, ils ont l’air solides !
— Regarde celui qui est par terre, lui dit un de ses camarades. Il réfléchit la lumière du soleil.
Pendant ce temps, le 5° régiment de Norfolk continue son ascension parmi les pierres du torrent desséché. Il fait chaud en Turquie, au mois d’août, et les soldats anglais transpirent.
Après deux heures de marche difficile, ils parviennent enfin sur une butte. Là, ils se regroupent et marchent en direction de la cote 60 qui se trouve en partie recouverte par l’étrange nappe de brouillard.
Du haut de leur colline, les Néo-Zélandais les observent.
— Regarde, dit le sapeur Reichart à son compagnon, les Anglais approchent du nuage. On va voir s’ils osent pénétrer dedans.
— Pourquoi n’oseraient-ils pas ? dit l’autre, ce ne sont pas des gaz asphyxiants…
— Non, sans doute, dit Reichart; mais je ne sais pas pourquoi, ce brouillard ne me dit rien qui vaille !
Ils voient bientôt le 5° régiment de Norfolk aborder le nuage et s’y enfoncer sans hésiter.
— Il est si épais, dit Reichart, qu’on ne voit plus ceux qui sont dedans.
En rang par huit, le régiment anglais pénètre toujours dans le nuage.
Quand le dernier homme a disparu, les Néo-Zélandais regardent l’autre extrémité de la nappe de brouillard.
— Je me demande s’ils ont été incommodés, dit le sapeur Reichart.
L’autre sourit :
— On ne va pas tarder à le savoir.
Et ils attendent.
Au bout de cinq minutes, comme rien n’apparaît, Reichart s’inquiète :
— Qu’est-ce qu’ils peuvent faire là-dedans ?
Et tout aussitôt, il s’écrie :
— Oh ! Regardez !
L’étrange nuage dans lequel se trouvait le 5e régiment de Norfolk s’est détaché du sol et s’élève bientôt, non pas comme les nappes de brouillard ordinaires qui s’effilochent dans l’air, mais en conservant sa forme.
— Mais où sont les Anglais ? hurle Reichart.
Sur le terrain, il n’y a plus un seul homme, aucune arme, rien ! La butte est absolument déserte.
Les vingt-deux hommes de la 1ère compagnie néo-zélandaise sont littéralement figés. Tandis qu’ils considèrent l’endroit où quatre cents soldats anglais viennent de se volatiliser, la nappe de brouillard continue de monter vers les nuages qui sont au-dessus d’elle. Quand elle les a rejoints, l’ensemble s’en va lentement en direction du nord et disparaît dans le ciel.
On ne retrouva jamais aucune trace du 5ème régiment de Norfolk.
Les années passèrent. Et en 1918, après la capitulation de la Turquie, l’Angleterre exigea que les hommes de ce régiment porté disparu lui fussent restitués.
Les Turcs firent des recherches et répondirent qu’ils n’avaient jamais entendu parler du 5ème régiment de Norfolk. Les Anglais insistèrent, fournirent des dates, des précisions sur les lieux, ainsi que les témoignages des Néo-Zélandais. L’état-major turc, de nouveau, fouilla ses archives. Ce fut pour répondre qu’il n’avait été fait aucun prisonnier à la date du 21 août 1915…

Louis PAUWELS — Un régiment entier qui disparaît dans un nuage. Est-ce que, cette fois, vous n’allez pas un peu loin ?
Guy BRETON — Je vous garantis que cette histoire est authentique. Elle a été rapportée par de nombreuses revues anglaises, par des journaux d’anciens combattants qui ont publié les témoignages des Néo – Zélandais — notamment du sapeur Reichart — et elle a fait l’objet d’enquêtes, de recherches, de vérifications, aussi bien de la part des autorités britanniques que des autorités turques. Personne n’a jamais pu donner d’explication.…
Louis PAUWELS — Quelles hypothèses a-t-on émises ?
Guy BRETON — A l’époque, on a parlé d’un gaz non seulement asphyxiant, mais « dissolvant », inventé par les Allemands. Mais cette idée n’a pas été retenue. On a parlé aussi d’un phénomène naturel, d’un cratère qui se serait ouvert brusquement sous les pieds des soldats du 5ème régiment de Norfolk, et qui se serait refermé après que le régiment eut été englouti…
Ai-je besoin d’ajouter que cette explication, non plus, n’a pas semblé sérieuse ? Finalement, on a classé cette disparition dans le grand dossier des « énigmes » de l’Histoire. Et Dieu sait si ce dossier est riche !
Louis PAUWELS — Et aujourd’hui, qu’en pense-t-on ?
Guy BRETON — Aujourd’hui, l’hypothèse la plus répandue est qu’il s’agit d’un enlèvement par un engin ayant la forme d’un nuage.
Louis PAUWELS — Un OVNI en forme de nuage, voilà qui est nouveau !
Guy BRETON — Pas du tout ! La Bible, par exemple, mentionne à de très nombreuses reprises, l’apparition de « nuées lumineuses » qui déposent ou enlèvent des personnages.
Louis PAUWELS — Alors le nuage vu par les Néo-Zélandais aurait été un faux nuage ?
Guy BRETON — Tout leur récit conduit à cette conclusion. Souvenez-vous : le sapeur Reichart parle d’un nuage « dense et fixe qui reflétait la lumière du soleil, » puis qui s’éleva subitement pour rejoindre les autres — lesquels, je vous le rappelle se trouvaient au-dessus de la colline depuis le matin, immobiles malgré le vent. Après quoi, tout ce groupe de nuages étranges se dirigea vers le nord et disparut. Avez-vous déjà vu beaucoup de stratus ou de cumulus agir de cette façon ?
Louis PAUWELS — Cela ressemble un peu à de la science-fiction.
Guy BRETON — Oui. Mais nous vivons peut-être, sans le savoir, un roman de science-fiction. Vous savez que Charles Fort, l’auteur du Livre des damnés, parlant de ces disparitions mystérieuses d’individus ou de groupes d’individus, disait : « On nous pêche »…
Louis PAUWELS — Et qui viendrait nous pêcher ? Des extra-terrestres ?
Guy BRETON — Disons plutôt des gens venus d’ailleurs. — je vous expliquerai pourquoi tout à l’heure —, des gens venus d’ailleurs que nous intéressons. Vous savez qu’il disparaît par an, rien qu’en France, environ vingt-cinq mille personnes, c’est-à-dire l’équivalent de la population d’une ville comme Chalon-sur-Saône… Que deviennent ces gens ? Il y a des suicides, des crimes parfaits, des individus qui fuient à l’étranger sans donner de nouvelles, soit ! Mais cela ne constitue qu’un très faible pourcentage : 10 %, 20 %, peut- être. Il reste 80 % de disparitions inexpliquées. C’est-à-dire environ quinze mille personnes. Et cela dure depuis des années et des années…
Louis PAUWELS — Enlever un régiment semble tout de même extraordinaire !
Guy BRETON — Ce n’est pas le seul cas connu. Pendant la Seconde Guerre mondiale, une division japonaise a disparu sans laisser de traces en Nouvelle-Guinée. Et je pourrais vous citer le cas de familles entières qui se sont évanouies au cours d’une promenade en forêt, d’équipages de bateaux qui se sont volatilisés (rappelez-vous l’histoire de la Mary-Céleste), d’automobilistes qui ne sont jamais arrivés à leur lieu de destination et dont on a perdu toute trace. Certaines de ces disparitions sont absolument stupéfiantes.
Un jour de novembre 1809, la calèche de Benjamin Bathurst, qui était ambassadeur de Grande-Bretagne auprès de la cour d’Autriche, arrive dans une petite ville allemande, à Perlberg, et s’arrête devant une auberge. Bathurst descend pour déjeuner. Quand il a terminé, il salue l’aubergiste qui se trouve, avec quelques voyageurs, sur le pas de la porte, et contourne sa voiture pour assister au changement des chevaux… On ne l’a jamais revu ! Et toutes les recherches entreprises pour le retrouver demeurèrent vaines…
Louis PAUWELS — Il n’y avait aucune autre voiture à proximité qui eût permis un enlèvement ?
Guy BRETON — Rien ! La route était absolument vide. Il n’y avait non plus ni mur ni buisson où l’ambassadeur aurait pu se cacher. Voici un autre exemple : vers 1930, le torpilleur de la marine américaine, le Cyclops, qui navigue par temps calme et sur une mer d’huile, disparaît sans que les spécialistes puissent donner la moindre explication. Je pourrais vous citer des centaines d’autres cas.
Louis PAUWELS — Je sens que vous allez me parler du Triangle des Bermudes.
Guy BRETON — Bien sûr. Dans cette région de la mer des Caraïbes, tout comme en un lieu qui se trouve situé à l’est du Japon et qu’on appelle la mer du Diable, des bateaux et des avions — et cela malgré nos équipements de radio et de radars — disparaissent mystérieusement sans laisser aucune trace. Les rares pilotes qui ont le temps de lancer un dernier message expliquent, sur un ton d’épouvante, qu’ils sont entourés par « quelque chose de lumineux ». Puis c’est le silence. Il semble que ces bateaux et ces avions soient en quelque sorte « aspirés » par quelque chose, quelque part. Comme si quelqu’un situé hors de notre univers s’amusait, suivant l’expression de Charles Fort, à « pêcher » les humains…
Louis PAUWELS — Et mis à part l’enlèvement du régiment de Norfolk, a-t-on assisté à l’une de ces « pêches » extraordinaires ?
Guy BRETON — Presque. Cela s’est passé en 1909, dans une ferme près de Brecon, au pays de Galles. Le soir de Noël, toute la famille d’Owen Thomas était réunie autour de la cheminée en compagnie de deux invités, le pasteur et le vétérinaire. Au moment où l’on va se mettre à table, Mrs Thomas demande à son fils Olivier, âgé de onze ans, d’aller au puits chercher de l’eau.
L’enfant enfile ses galoches, car il a neigé, prend un seau et sort de la maison. À peine a-t-il refermé la porte qu’on l’entend hurler, puis appeler au secours. On se précipite avec une lanterne. On ne voit rien, maïs l’enfant crie maintenant : « Ils » me tiennent ! Au secours ! Au secours !
Ces curieux appels semblent provenir du ciel. Rapidement, ils diminuent d’intensité, comme si l’enfant montait vers les nuages, puis un silence angoissant tombe sur la cour de ferme. Le pasteur, lanterne en main, suit les traces de pas qu’Olivier a laissées dans la neige. On s’aperçoit alors qu’à quelques mètres de la maison, ces traces cessent brusquement comme si l’enfant avait été enlevé de terre. On ne le retrouvera jamais.
Louis PAUWELS — Alors, où s’en iraient ces bateaux, ces avions, ces régiments, ces familles et ces enfants qui disparaissent ?
Guy BRETON — Peut-être sortent-ils de notre temps ou de notre univers. Vous savez que la plupart des physiciens admettent aujourd’hui l’existence d’univers parallèles coexistant avec le nôtre. De nombreux ouvrages ont été publiés sur ce sujet passionnant. Dès 1965, un membre de l’Académie des sciences de New York, le Dr J. H. Christenson, publiait un article intitulé Time Reversal dans lequel il écrivait : « Une hypothèse audacieuse suggère qu’il existe un univers fantôme ressemblant au nôtre. Il n’existe qu’une interaction très faible entre ces deux univers, de sorte que nous ne voyons pas cet autre monde : il se mélange librement avec le nôtre… » J’ajoute que, depuis 1965, les travaux des physiciens, dans ce domaine, ont à ce point progressé que leurs prudentes hypothèses ont fait place à de quasi-certitudes.
Louis PAUWELS — Ce serait cela l’au-delà dont parlaient les Anciens ?
Guy BRETON — Peut-être.
Louis PAUWELS — Est-ce que les physiciens dont vous parlez pensent que l’on pourra, un jour, trouver le moyen de communiquer avec ces univers parallèles ?
Guy BRETON — Ils sont prudents. Mais je crois que l’intelligence humaine est sans limites et que la connaissance de ces univers parallèles sera la plus extraordinaire découverte de l’humanité. Une découverte qui fera que le XXIème siècle, celui que connaîtront nos enfants, n’aura plus aucun rapport avec le monde, la science, les conceptions métaphysiques et les mentalités qui sont les nôtres. Je vous laisse rêver.
Louis PAUWELS — Un mot encore : ces univers parallèles, comment les imaginer ? Comment les situer ?
Guy BRETON — H. G. Wells disait : «Les univers parallèles sont plus proches de nous que nos mains et nos pieds.»
SOURCES
H. CHRISTENSON, Time Reversal.
Charles FORT, Le Livre des damnés.
Patrice GASTON, Disparitions mystérieuses.
Georges LAUGELAAN, Les Faits maudits.
Aimé MICHEL, Mystérieux Objets célestes.
T. WiLkins, Le Mystère de l’espace et du temps.Fortnight Review, mai 1925.

EXTRAIT : Histoires magiques de l’histoire de France
Auteur : Guy BRETON et Louis PAUWELS
Editeur : ALBIN MICHEL
Année : 1977