PRÉSENTATION DE L’OUVRAGE : Ce livre n’est plus édité. J’ai réussi à me le procurer par la vente au prix fort d’un particulier ! Dans son ouvrage, l’auteur met en évidence le fait que la conscience de séparation entre l’homme et la nature – qui a aussi agi sur la séparation entre les hommes – est à la base de l’ensemble de nos problèmes.
(Pages 13 à 19)
Lorsque l’ancienne lumière du soleil s’accumulait au sein de la Terre.
Les scientifiques nommèrent la période située il y a environ 400 millions d’années, le carbonifère. Ce nom tire son origine du fait qu’au début de cette période existaient d’énormes quantités de carbone dans l’atmosphère, sous forme de gaz carbonique.
Le gaz carbonique contribue à « l’effet de serre » maintenant la chaleur du soleil sur la Terre comme la vitre d’une serre, l’empêchant ainsi de s’échapper dans l’espace. Durant la période du carbonifère, qui dura 70 millions d’années, il y a 330 à 410 millions d’années, il existait une telle quantité de gaz carbonique dans l’atmosphère terrestre que la température de la planète était beaucoup plus élevée qu’aujourd’hui.
Notre planète est recouverte d’environ 25 % de terre et de 75 % d’océans et, à cette époque, l’ensemble des terres constituait un unique et gigantesque continent que les géologues nomment Pangée.
Pangée exista bien avant l’apparition des oiseaux, des mammifères et des dinosaures, et les seules formes de vie présentes sur la planète à cette époque étaient représentées par des plantes, des poissons, des insectes et des petits reptiles. Le taux élevé de gaz carbonique dans l’air permettait de capter l’énergie de la lumière solaire en la transformant en chaleur, fournissant ainsi d’abondantes quantités de carbone aux plantes, ce qui leur permit alors une croissance luxuriante. Pangée était pratiquement entièrement recouverte d’une végétation extrêmement dense s’élevant à des centaines de mètres d’altitude, créant une couche de plantes mortes et pourries qui atteignait, à certains endroits, des centaines de mètres d’épaisseur. Ces couches de végétation vivante et morte s’épaissirent peu à peu durant plus de 70 millions d’années.
La végétation, devenant de plus en plus luxuriante, capta davantage de carbone dans l’atmosphère (le transformant en cellulose, comme les feuilles, les tiges et les racines), réduisant ainsi le taux de gaz carbonique dans l’air tout en retenant le carbone sous forme de végétaux constituant cette couche massive recouvrant le continent de Pangée.
Simultanément, les océans qui recouvraient les trois quarts de la surface de la Terre abritaient également d’énormes quantités de matière végétale, bien que cette dernière fût essentiellement représentée par des types extrêmement simples, telles les algues monocellulaires et autres plantes microscopiques. Ces dernières capturaient, elles aussi, l’énergie du soleil près de la surface des océans. Elles recouraient à cette énergie pour transformer le gaz carbonique de l’atmosphère en carbone, puis mouraient et se déposaient sur les fonds marins.
Il y a environ 300 millions d’années, un désastre massif se produisit, provoquant l’une des cinq catastrophes naturelles majeures qui bouleversèrent notre planète. Personne ne sait exactement pour quelle raison (on suspecte une collision avec une comète ou un astéroïde) une gigantesque explosion tectonique fit éclater le continent de Pangée, transformant ainsi irrévocablement l’environnement de notre planète.
La croûte terrestre se fractura en de nombreux endroits, des volcans entrèrent en éruption, des continents entiers surgirent, dérivèrent et s’effondrèrent. Là où les masses continentales qui avaient constitué Pangée entrèrent en collision avec d’autres parties de cet ancien continent, des montagnes et des reliefs divers apparurent sur des millions d’hectares. L’épaisse couche végétale qui recouvrait Pangée s’effondra dans le sous-sol, entraînant avec elle 70 millions d’années d’excellente énergie solaire emmagasinée dans le carbone.
Les dinosaures apparurent 50 millions d’années plus tard, et une autre période de relative stabilité s’instaura sur la Terre et ses deux continents majeurs du moment appelés, par les géologues, la Laurasie et le Gondwana. Les ères triasique et jurassique se terminèrent il y a 205 millions d’années, lorsque, selon la théorie scientifique la plus communément admise, un autre météore ou astéroïde frappa la planète (*), déclenchant une deuxième catastrophe majeure qui provoqua l’extinction des dinosaures.
(* Un peu simpliste comme explication de la fin des dinosaures…Non ?)
La planète connut alors une autre ère de bouleversements géologiques, et la Laurasie et le Gondwana se fragmentèrent, créant les continents que nous appelons aujourd’hui l’Asie, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Europe, l’Australie, l’Afrique et l’Antarctique. De nouvelles montagnes apparurent lorsque ces continents dérivèrent et entrèrent en collision. Ainsi, une partie du domaine végétal, âgée alors de plusieurs millions d’années et enfouie à des centaines de mètres sous la surface du sol, s’enfonça encore plus profondément dans la Terre, où elle fut soumise à d’énormes pressions.
L’utilisation de l’ancienne lumière solaire.
Il y a environ 900 ans, les habitants de l’Europe et de l’Asie découvrirent du charbon juste sous la surface de la Terre et commencèrent à s’en servir comme combustible. Ce charbon représentait la partie supérieure des anciennes couches végétales — la lumière solaire stockée depuis 300 millions d’années — et, en le brûlant, les humains devinrent, pour la première fois, capables de mettre à profit l’énergie de la lumière du soleil accumulée dans un très lointain passé.
Avant la généralisation de l’utilisation du charbon, nos ancêtres étaient dans l’obligation de conserver une certaine superficie de zones forestières, car ils avaient besoin de bois pour se chauffer et survivre ainsi aux hivers glacés des climats nordiques. Les forêts capturaient l’énergie de la lumière solaire « actuelle » et permettaient ensuite de libérer cette lumière dans une cheminée ou un poêle afin de chauffer une maison, une grotte ou une hutte pendant les longues et sombres journées d’hiver.
Cependant, l’exploitation du charbon réduisit la dépendance des humains envers la lumière solaire « actuelle », leur permettant ainsi de diminuer la superficie des forêts et de convertir ces dernières en terres cultivables, car ils n’avaient plus l’obligation d’employer le bois comme combustible. En disposant de surfaces cultivables plus importantes, ils devinrent capables de produire davantage de nourriture pour davantage de personnes, et la population du globe passa de 500 millions d’habitants aux environs de l’an 1000 de notre ère, à un milliard en l’an 1800.
Cette date représente un tournant critique dans l’histoire de l’humanité, car ce fut alors que nos ancêtres commencèrent à vivre grâce aux réserves de lumière solaire de notre planète.
Nos ancêtres, désormais en mesure d’utiliser la lumière solaire stockée par les végétaux il y a des millions d’années, se mirent, pour la première fois, à consommer plus de nourriture et de chaleur que ne pouvait en fournir la lumière solaire « actuelle » qui inondait alors quotidiennement la planète. Et la population humaine dépassa le seuil que la Terre aurait pu supporter, si les humains s’étaient contentés de recourir à la lumière solaire « actuelle » comme unique source d’énergie et de nourriture.
En d’autres termes, si les ressources en charbon de nos ancêtres s’étaient épuisées, ces individus se seraient trouvés confrontés à un choix terrible : abandonner les zones cultivables (avec les risques de famine que cette option comportait) pour reconstituer les zones forestières afin de pouvoir se chauffer, ou disposer de suffisamment de nourriture mais endurer les froidures hivernales. (Bien entendu, ils auraient pu, également, abandonner les régions froides et s’entasser plus près de l’équateur. Mais les migrations historiques s’en éloignèrent toujours, tendance encouragée par la constante disponibilité de combustible pour le chauffage.)
Nous constatons le même phénomène aujourd’hui : la disponibilité d’un combustible conduit les populations à dépendre entièrement de lui et à en souffrir s’il vient à faire défaut.
Si nos ancêtres avaient manqué de charbon, la nature serait intervenue en limitant le nombre d’habitants. Mais ils découvrirent une autre « réserve » dans laquelle ils purent puiser. En effet, l’ancienne lumière solaire provenant de la végétation qui, des centaines de millions d’années auparavant, avait sombré jusqu’au fond des océans, avait été emprisonnée dans le sous-sol et comprimée jusqu’à fabriquer ce que nous appelons le pétrole.
Le pétrole fut largement exploité en Roumanie, aux environs de 1850. Toutefois, le véritable boom eut lieu en 1859, lorsque l’on découvrit du pétrole à Titusville, Pennsylvanie, aux États-Unis. À cette époque, la population du globe se chiffrait à un peu plus d’un milliard d’individus, et la race humaine était nourrie par la lumière solaire « actuelle » baignant les terres arables et ses pâturages, et aussi par une importante quantité de lumière solaire ancienne qu’elle extrayait du charbon en provenance de l’Europe de l’Est, de l’Asie et de l’Amérique du Nord.
Mais la découverte d’abondantes réserves de pétrole révéla l’existence d’énormes quantités supplémentaires de lumière solaire ancienne.
En mettant à profit cette ancienne lumière solaire emprisonnée dans le carbone pour répondre à leurs besoins en chauffage et en énergie, ce qui permettait ainsi le remplacement des animaux de trait par des tracteurs, nos ancêtres augmentèrent considérablement leur production de nourriture. En effet, les animaux de trait, tels les chevaux et les bœufs, se nourrissaient de lumière solaire « actuelle » : l’herbe qu’ils ingéraient chaque jour et qui poussait grâce à la lumière solaire quotidienne. Et c’est la raison pour laquelle leur productivité était limitée — ne pouvant convertir en énergie plus que ce qu’ils assimilaient en une journée — comparativement à un tracteur fonctionnant au pétrole et pouvant transformer en un jour autant de lumière solaire qu’en consommeraient des centaines de chevaux. (*)
Autres façons de consumer l’ancienne lumière solaire.
Il s’avéra que les hommes ne se limitèrent plus à employer le pétrole uniquement comme combustible et, à l’aube du vingtième siècle, nous commençâmes à « dépenser » davantage nos réserves de lumière solaire.
Le pétrole fut utilisé pour la confection de produits de synthèse (nylon, rayonne, polyester), de résines diverses et de plastiques pour des constructions variées, comme le clavier sur lequel ce texte a été tapé. Parce que nous fûmes capables de fabriquer des vêtements à partir du pétrole, nous pûmes diminuer les surfaces consacrées aux pâturages pour moutons et à la culture du coton, permettant ainsi l’augmentation des surfaces cultivables productrices de produits alimentaires.
(*) Alors que le charbon est clairement issu d’une végétation ancienne, il existe un débat sur l’origine du pétrole. Une majorité de scientifiques considèrent ce dernier comme étant de nature végétale, probablement d’origine sous-marine, mais une autre théorie se fait jour, présentée par le professeur en astronomie Thomas Gold, de la Cornell University, qui soutient que le pétrole provient de bactéries hyperthermophiliques (vivant à haute température) à des profondeurs variant de huit à cent kilomètres sous la surface du sol. Si la théorie de Gold — qui s’appuie sur des éléments fascinants, comme la présence d’hélium dans le gaz naturel — se vérifiait, cela signifierait que le pétrole ne provient pas de l’ancienne lumière solaire. Toutefois, cette théorie ne remettrait pas en cause la thèse centrale de ce livre, car le processus bactérien proposé par Gold et ayant produit le pétrole utilisable aujourd’hui implique une durée de plusieurs millions d’années. Une fois les réserves actuelles épuisées, plusieurs centaines de millions d’années seront nécessaires pour les reconstituer
(Voir The Deep, Hot Biosphere, par T. Gold, « Proceedings of the National Academy of Sciences »).
L’accroissement massif de nos productions alimentaires, après la guerre civile américaine, permit à la population de notre planète de passer d’un peu plus d’un milliard d’habitants, à l’époque de la découverte du pétrole, à deux milliards, en 1930
Vers 1930, nous commençâmes à recourir aux machines agricoles de façon extensive et au pétrole, comme moyen d’amélioration de la productivité — depuis le carburant des tracteurs jusqu’aux fertilisants et pesticides dérivés de ce combustible —, ce qui permit ainsi à notre production alimentaire d’exploser littéralement. Alors qu’il nous avait fallu 200 000 années pour parvenir à une population mondiale de un millard d’individus et 130 années pour atteindre le second milliard, trente années seulement furent nécessaires pour toucher le chiffre de trois milliards en 1960.
Mais ce processus ne s’arrêta pas là. Nous devînmes plus efficaces pour extraire le pétrole, le raffiner et fabriquer des engins plus sophistiqués pour le consommer. Ainsi, notre production alimentaire augmenta encore. De même que notre population.
Il ne nous a fallu que quatorze années, de 1960 à 1974, pour arriver au chiffre de quatre milliards d’individus.
Puis, en l’espace de treize ans, nous passâmes à cinq milliards d’habitants en 1987, et douze années seulement seront nécessaires pour que notre population atteigne les six milliards en 1999. (*)
(*) note de JMT : 7 milliards 637 millions en 2019
Extrait du livre de Thom HARTMANN «Les dernières heures du soleil ancestral» collection CONVERGENCE – Ariane Éditions Inc – (1999)