PARTAGE de LECTURES

ésotériques... et autres...

L’ÉTRANGE VISION DU JUGE BÉRARD

GUY BRETON

Au début du mois d’août 1885, un jeune magistrat de Privas, M. Bérard qui devait être plus tard député de l’Ardèche, vint passer une semaine de repos à Vals, alors petit bourg bien calme où quelques personnages aux traits tirés promenaient un estomac rempli d’eau minérale sous de frais ombrages.
Chaque matin, le magistrat quittait son hôtel, une carte de la région sous le bras : il partait faire une grande promenade dans les forêts des environs. Bon marcheur, il lui arrivait de parcourir 25 à 30 kilomètres dans la journée.
Or un soir, il s’égara dans les bois et finit par déboucher à la nuit tombante sur une route isolée où un poteau lui indiqua qu’il se trouvait à 10 kilomètres de Vals. Il était fatigué, il venait de faire six heures de marche, il avait faim, il avait soif, il se sentit un peu découragé. Après une petite pause, il prit tout de même la route.
Il n’avait pas fait un kilomètre qu’il aperçut avec soulagement une auberge. Une auberge bien modeste, assez misérable même, sorte de halte de rouliers qui portait pour enseigne « Au rendez-vous des amis ». Il entra.
L’unique salle était obscure, enfumée et sentait le graillon. L’aubergiste, taillé en Hercule, avait le visage mauvais et le teint jaune. Sa femme, petit pruneau aux cheveux gras, complétait le tableau par des mains sales, des ongles noirs et un regard sournois.
Ni l’un ni l’autre ne salua M. Bérard.

Assez mal impressionné, le magistrat alla s’asseoir à une table et prit un air aimable : |
— Pourrais-je dîner et coucher chez vous cette nuit, mes braves gens ?
— Ça se peut, grogna l’aubergiste, si vous avez de l’argent… |
— J’en ai un peu, dit le magistrat qui tira quelques pièces de son gousset et les mit sur la table.
L’autre s’en empara :
— Ici, on paie d’avance… Bon, ça ira.

Le dîner, servi dans une vaisselle ébréchée et mal lavée, fut infect. Quand il eut fini, M. Bérard vit s’approcher l’hôtesse, une bougie à la main. Elle le regarda d’un air soupçonneux :
— Vous n’avez pas de bagages ?
— Non !
— Vous êtes à pied ?
— Oui…
— Bon. Eh bien, je vais vous conduire à votre lit.

Et le magistrat la suivit dans un long couloir, puis dans un escalier assez raide jusqu’à une chambre délabrée et malodorante qui se trouvait située au-dessus de l’écurie.
Dès qu’il fut seul, il ferma sa porte à clé, se coucha et, fatigué par sa longue marche, s’endormit profondément.
Or, au cours de la nuit, il fit un épouvantable cauchemar. Il se vit dans la chambre qu’il occupait, mais il était debout. Un homme inconnu, portant des favoris, se trouvait à sa place dans le lit et dormait paisiblement. Soudain, toujours dans son cauchemar, le magistrat entendit des craquements provenant de l’extérieur. Angoissé, il se précipita, mit une table devant la porte et s’arcbouta. Mais les craquements s’amplifièrent et M. Bérard vit avec horreur, de l’autre côté de la pièce, une tenture qui s’écartait lentement, dévoilant une deuxième porte ouverte sur la nuit.

Cette porte dont il ne soupçonnait pas l’existence, permettait de communiquer avec la cour par un escalier extérieur. La tenture glissa encore et le magistrat vit apparaître l’aubergiste, un long couteau à la main. Derrière lui, sa femme voilait de ses doigts noirs la lumière d’une lanterne. Ils s’approchèrent tous deux du lit sur la pointe des pieds, puis l’hôtelier plongea son couteau dans la gorge du dormeur. Après quoi, il fouilla les vêtements de sa victime et s’empara d’une montre ainsi que d’une bourse bien remplie.
Il revint alors vers le lit et prit le cadavre par les pieds.
— Toi, prends-le par les épaules ! dit-il à sa femme.
L’hôtelière allait obéir mais la lanterne l’embarrassait.
— Donne-moi l’anneau, dit le mari, je le tiendrai par les dents.

Finalement, tous les deux, portant le mort, descendirent l’escalier, éclairés par la lanterne qui brinquebalait sous le menton de l’assassin.
Horrifié, le magistrat les vit traverser la cour et se diriger vers un tas de fumier sous lequel ils enterrèrent leur victime.
Alors, il cria, et ce cri le réveilla en sursaut.

Il était en sueur, haletant. Il regarda autour de lui. Il faisait jour, le soleil d’août inondait la chambre. Tout était calme. Pourtant, son cauchemar l’angoissait encore un peu. Il se leva et, pour se rassurer tout à fait, il alla tirer la tenture qui était au fond de la pièce. Il découvrit alors, avec un petit pincement au cœur, que derrière la tenture, il y avait bien une porte. Cette porte, il l’ouvrit et s’aperçut qu’elle donnait sur un escalier et que cet escalier était exactement celui qu’il avait vu dans son cauchemar.
Très impressionné, M. Bérard s’habilla, descendit boire une tasse de café dans la salle de l’auberge et reprit sa route en direction de Vals.

Trois années passèrent.
Et un matin, le magistrat lut dans son journal l’entrefilet suivant :
« Les baigneurs et la population de Vals sont très émus par la disparition subite et incompréhensible de Me Victor Arnaud, avocat dont l’éloquence et les célèbres favoris sont bien connus des habitués de nos prétoires. Me Arnaud, il y a huit jours, était parti pour une course de quelques kilomètres dans la montagne; il n’est pas revenu à son hôtel. »

Ces lignes troublèrent le magistrat qui ne put s’empêcher de faire un rapprochement avec son affreux cauchemar. Or, trois jours plus tard, son émotion grandit encore lorsqu’il lut ceci dans son journal :

« On a retrouvé en partie les traces de Me Victor Arnaud. Le 24 août au soir, il a été vu par un roulier dans une auberge isolée « Au rendez-vous des amis ». Il se disposait à y passer la nuit. L’hôtelier qui, jusqu’à ce jour, avait gardé le silence sur son voyageur, a été interrogé. Il prétend que celui-ci l’a quitté le soir même et n’a point couché chez lui. »

Bérard ne croyait pas aux rêves prémonitoires et ne s’était jamais intéressé à ce que nous appelons aujourd’hui les phénomènes paranormaux. Pourtant, il lui sembla que son cauchemar était lié au drame dont Me Arnaud avait été la victime. Il finit par en parler à un ami à qui, trois ans auparavant, il avait raconté sa mauvaise nuit à l’auberge.
— Tu vas te moquer de moi, lui dit-il, mais figure-toi que j’ai l’impression d’avoir été, et avec trois ans d’avance, le témoin d’un assassinat.
L’autre haussa les épaules. Alors, M. Bérard qui voulait en avoir le cœur net, alla trouver le juge d’instruction chargé de l’enquête sur la disparition de l’avocat. C’était un magistrat qu’il connaissait bien.
— Cher ami, lui dit-il, pour des raisons que je vous expliquerai plus tard, je m’intéresse fort à la disparition de Me Arnaud. Lorsque vous convoquerez les aubergistes du « Rendez-vous des amis », m’autoriseriez-vous à assister à leur audition ?
— Vous tombez bien, lui dit le juge. La femme vient tout à l’heure. Restez dans mon cabinet.

Une demi-heure plus tard, un garde faisait entrer l’hôtelière qui s’assit sans reconnaître M. Bérard.

Interrogée par le juge, elle raconta qu’un voyageur dont le signalement correspondait à celui de Me Arnaud — il avait de grands favoris, précisa-t-elle — était venu le 24 août au soir dans son auberge, mais qu’il n’y avait pas passé la nuit. « Du reste, ajouta-t-elle, il n’y a que deux chambres ; elles se trouvent au-dessus de la salle, et, cette nuit-là, toutes les deux étaient occupées par des rouliers. »
— C’est tout ce que vous avez à déclarer ? demanda le juge.
— C’est tout !
Le greffier allait relire la déposition quand, brusquement, M. Bérard intervint :
— Et la troisième chambre ?

La femme lui jeta un regard mauvais :
— Quelle chambre ? glapit-elle.
— Celle qui se trouve au-dessus de l’écurie !
Comme l’hôtelière blêmissait, le jeune magistrat continua :
— Je vais vous dire, moi, comment les choses se sont passées : Me Arnaud a couché dans cette troisième chambre.
Pendant la nuit, vous êtes venue avec votre mari, vous tenant une lanterne, lui un long couteau. Vous êtes montés par l’escalier extérieur, vous avez ouvert la porte qui se trouve dissimulée par une tenture ; votre mari a plongé son couteau dans la gorge de l’avocat, puis il lui a volé sa montre et sa bourse.

Le juge, ébahi, regardait tour à tour son collègue et la femme qui semblait terrorisée.
— Ensuite, poursuivit M. Bérard, vous avez pris le cadavre, votre mari tenant les pieds, vous les épaules, et vous l’avez descendu dans la cour. Pour vous éclairer, votre mari tenait l’anneau de la lanterne entre ses dents. Après quoi, vous avez enfoui le corps de votre victime sous le tas de fumier…
L’hôtelière était livide, ses mains tremblaient :
— Vous avez donc tout vu ! murmura-t-elle.
— Tout ! dit M. Bérard.
Alors, la femme tomba à genoux et avoua.
Le lendemain, on trouvait le corps de Me Arnaud enfoui sous un tas de fumier.

…………………

Louis PAUWELS — La prémonition au service de la Justice, voilà qui n’est pas ordinaire. Comment connaît-on cette histoire ?

Guy BRETON — J’ai utilisé deux sources : M. Bérard lui-même, qui l’a publiée dans la Revue des Revues du 15 septembre 1895 ; ensuite, le chef de la Sûreté Goron, qui l’a relatée dans ses Mémoires.

Louis PAUWELS — On se trouve donc en présence d’un cas de prémonition tout à fait exceptionnel par sa précision.

Guy BRETON — Tout à fait exceptionnel, en effet. Car il ne s’agit pas d’une vague impression, ou d’un de ces rêves dont il faut interpréter les symboles en s’aidant d’une Clé des Songes. M. Bérard a vu, dans tous ses détails, un assassinat qui ne devait être commis que trois ans plus tard. Il y a là plus qu’une prémonition : une véritable vision du futur.

Louis PAUWELS — Alors faut-il croire que ce que nous appelons le futur existe déjà et que, suivant la formule populaire, « tout est écrit » ? Car la prémonition de M. Bérard dont, d’après vous, il semble difficile de nier l’authenticité, implique qu’il était écrit que l’avocat serait assassiné par l’aubergiste ?

Guy BRETON — Non. Cela prouve que la scène existait déjà, ce qui est bien différent. De nombreux physiciens, en effet, émettent l’hypothèse de la coexistence d’un passé-présent-futur. Et l’on a pu comparer le temps à une rue dans laquelle nous cheminons. Lorsque nous sommes au n° 1, nous ne voyons pas encore la maison qui porte le n° 100. Pourtant, elle existe déjà. Et quand nous sommes au n° 100, le n° 1 que nous avons dépassé depuis longtemps existe toujours… J’aime beaucoup cette image.

Louis PAUWELS — Du rêve de M. Bérard, il faudrait donc induire que, pendant le sommeil, notre esprit circule, non seulement dans l’espace comme ce fut le cas pour le marin de Robert Bruce,(*) mais dans le temps ?

*Voir “Le fantôme de Terre-Neuve“. (Histoire à venir…)

Guy BRETON — Oui, et ce phénomène se produit peut-être plus souvent qu’on ne le croit.

Louis PAUWELS — Cela ne m’est jamais arrivé !

Guy BRETON — Comment pouvez-vous l’affirmer ? Imaginez, par exemple, que vous ayez assisté, dans un rêve d’enfance, à votre propre mort. La chose ne vous aurait pas frappé. Comment, en effet, auriez-vous pu deviner que ce vieux monsieur qui trépassait, c’était vous avec soixante-dix ans de plus ?

Louis PAUWELS — Il faudrait donc noter soigneusement tous nos rêves.

Guy BRETON — Oui. On y apprendrait peut-être beaucoup de choses sur notre avenir. Le docteur Richet disait : « La plupart de nos rêves ont une valeur documentaire qu’on ne soupçonne pas. »

Louis PAUWELS — Tous les songes prémonitoires ne sont malheureusement pas aussi précis que celui de M. Bérard.

Guy BRETON — C’est vrai. Mais ils n’en demeurent pas moins troublants, même lorsqu’ils nécessitent une interprétation.

Voici quelques exemples :
Le 29 juillet 1589, Henri III rêve que tous les ornements royaux : Camisoles, sandales, tuniques, manteau de satin azuré, sceptre et main de Justice, tout ensanglantés, sont foulés aux pieds par des moines. Trois jours plus tard, le 1% août, il est assassiné par le moine Jacques Clément.

Dans la nuit du 13 au 14 mai 1610, Henri IV rêve qu’il voit un arc-en-ciel au-dessus de sa tête. À son réveil, il en parle autour de lui.
— Oh ! dit quelqu’un, voilà un bien mauvais présage. De tous temps, ce rêve a signifié mort violente. Je ne saurais trop vous conseiller, sire, de ne pas sortir du palais aujourd’hui.
Henri IV hausse les épaules et, à 4 heures, il monte dans son carrosse Pour se rendre à l’Arsenal. A 4 h 10, il passe rue de la Ferronnerie où il est assassiné par Ravaillac…

Dans la nuit du 17 au 18 juin 1815, Napoléon rêve qu’un chat noir court à deux reprises d’une armée à l’autre, et voit ses régiments taillés en pièces. Il se réveille, haletant, pensant que ce songe annonce une trahison et une défaite. Quelques heures plus tard, la Grande Armée est anéantie dans la plaine de Waterloo.

Au mois d’avril 1865, quelques jours avant d’être assassiné, Abraham Lincoln fait part à sa femme et à un de ses amis, d’un songe qu’il a eu :
« Je traversais toutes les salles de la Maison Blanche sans rencontrer âme qui vive ; mais tout en marchant, j’entendais un bruit de sanglots. Quand je pénétrai dans le salon de l’Est, je vis une grande assemblée en deuil. Au centre de la pièce se trouvait un catafalque sur lequel reposait un mort en costume d’apparat. Autour de lui, des soldats montaient la garde. Je m’approchai :
“ Qui est mort à la Maison Blanche ? demandai-je.
— Le Président, me répondit l’un des soldats. Il a été assassiné. ”
« Alors, on entendit la foule gémir, ce qui me réveilla. Je n’ai plus fermé l’œil de la nuit. Je sais bien que ce n’est qu’un rêve ; mais cette vision ne cesse de m’obséder. »
Trois jours plus tard, le Président tombait sous les coups de pistolet de Booth.…

L’histoire suivante a fait l’objet d’une étude approfondie car elle est arrivée à un écrivain : John W. Dunnes. Au printemps 1902, pendant la guerre du Transvaal, Dunnes, affecté au 6ème régiment d’infanterie montée, campait près des ruines de Lindley. Une nuit, il fit un rêve assez pénible et d’une intensité extraordinaire. Voici son récit :
« J’étais sur une hauteur, à proximité de la crête d’une colline ou d’une montagne. Le sol était d’une singulière blancheur. Çà et là de minces fissures dont je voyais sortir des jets de vapeur. Je reconnus l’endroit : c’était une île dont j’avais déjà rêvé, une île exposée à un imminent péril du fait d’un volcan. Devant ces jets de vapeur montant du sol : “ Mais c’est mon île, m’écriai-je saisi d’effroi ; elle va éclater, grand Dieu ! ”
« Et me voilà saisi du désir frénétique de sauver les 4000 habitants (j’en connaissais le nombre), qui ne se doutaient de rien. Un seul moyen d’y parvenir : les évacuer par la mer. Puis ce fut un affreux cauchemar au cours duquel je me voyais sur une île voisine, m’efforçant de faire réquisitionner par d’incrédules autorités françaises toutes les embarcations venues pour recueillir les habitants de l’île menacée. Envoyé de fonctionnaire en fonctionnaire, je me démenai si bien que je me réveillai — alors que je me voyais cramponné encore à la voiture du maire qui, allant dîner en ville, me suppliait de repasser le lendemain aux heures d’ouverture de ses bureaux. Dans ce rêve, le chiffre de la population menacée fut pour moi une obsession constante. Je le répétai à tout venant et lançai au maire, au moment même de mon réveil, cet appel suprême : “ Quatre mille êtres succomberont si vous ne m’écoutez ! ”.…
« Une semaine plus tard environ, nous reçûmes les journaux. Le Daily Telegraph fut du nombre et, l’ayant ouvert, j’y trouvai ceci :

“ Un grand désastre à la Martinique : Saint-Pierre est englouti par une éruption volcanique. Une avalanche de feu fait plus de 40 000 victimes. Un paquebot anglais est la proie des flammes. ”
« Dans une autre colonne, je remarquai l’en-tête suivant : “ Une montagne explose ! ” Puis suivait le rapport du commandant d’une goélette forcée de quitter Saint-Vincent par une grêle de sable émanant du volcan. L’article contenait cette phrase :
“ Le mont Pelé explosa tandis que nous voguions à environ un mille de la côte. ”
« Le narrateur y évoquait le spectacle de cette montagne alors qu’elle se fendait, pour ainsi dire, de la base au sommet.

« Ici, une remarque s’impose. Le nombre des victimes se chiffrait, à en croire les communiqués, non à 4000 comme je n’avais cessé de le soutenir dans mon rêve, mais à 40000. Je m’étais trompé d’un zéro. »

Or, par la suite, Dunnes devait apprendre que la catastrophe du mont Pelé avait fait, en réalité, 12 517 victimes, chiffre à la fois différent de celui qu’il avait rêvé et de celui qu’annonçait le Daily Telegraph. Dès lors, on est amené à se poser la question qu’il s’est d’ailleurs posée lui- même : Au lieu d’avoir, dans son rêve, une vision de l’éruption volcanique elle-même, n’a-t-il pas eu plutôt une vision du journal qui venait de paraître à Londres et qui contenait tous les détails du cataclysme. Ce qui expliquerait pourquoi il aurait parlé de 4 000 victimes, chiffre qui était, à un zéro près, le chiffre qui se trouvait imprimé à la première page du Daily Telegraph…

Enfin, voici un dernier exemple de vision prémonitoire particulièrement troublant :

Dans la nuit du 28 juin 1814, M. Joseph de Lanyi, évêque de Grosswardein, rêva qu’il voyait sur sa table de travail une lettre bordée de noir, portant les armes de l’archiduc Ferdinand d’Autriche. (Le prélat avait été le professeur de hongrois de l’archiduc.)
« J’ouvris cette lettre, raconta-t-il le lendemain, et en tête de ce papier, j’aperçus une rue dans laquelle s’ouvrait une ruelle. L’archiduc s’y trouvait assis dans une auto, avec sa femme. En face de lui se tenait un général et, sur le siège à côté du chauffeur, un officier. Soudain, deux jeunes gens sortirent de la foule et tirèrent sur le couple. Je vis l’archiduc s’écrouler et l’image s’effaça. Alors, je lus la lettre : « Cher docteur Lanyi, je vous annonce que je viens d’être, avec ma femme, à Sarajevo, victime d’un crime politique. Nous nous recommandons à vos prières. »

Et c’était daté de : « Sarajevo, 28 juin, 4 heures du matin… »
Neuf heures plus tard, exactement, l’archiduc et l’archiduchesse étaient assassinés par Gavrilo Princip…

SOURCES
John W. DUNNES, Le temps et le rêve.
GORON, Mémoires.
Revue des revues, 15 septembre 1895.

EXTRAIT d’un des deux livres publiés en 1977 chez “ALBIN MICHEL“ co-écrit par Guy Breton et Louis Pauwels : “Histoires magiques de l’histoire de France“.